L'ordination et les premiers temps du ministère

 

 

La double ordination (diaconat puis presbytérat) marque le passage aux ministères ordonnés, au service de l'Église, particulièrement du point de vue de la prédication et de la dispensation des sacrements. Rien d'original en cela : le dominicain pose les mêmes actes que n'importe quel prêtre. En revanche, des questions spécifiques se posent, qui sont celles des premières années de ministère.

 

 

Ne considérons pas ici les années de « formation complémentaire », deux années habituellement octroyées au jeune frère prêtre pour achever sa formation, années d'études ou d'acquisition d'une spécialisation pastorale, mais regardons plutôt comment les années qui suivent l'ordination sont celles d'un nouvel état de l'écosystème.

 

Un jeune prêtre est un homme mangé ou, du moins, son agenda l'est rapidement. Enthousiasme, succès, charisme de l'âge, joie de s'adonner à ce à quoi on s'est préparé si longtemps, et tout simplement appel d'air venu du monde qui confine à l'ouragan, tout cela risque de mettre à mal l'écosystème patiemment acquis de la vie religieuse et spirituelle. Le risque d'un jeune prêtre est de ne plus être présent à la vie commune, lieu de sa première charité et de ses plus proches prochains, et de ne plus prier assez lui-même alors qu'il fait désormais prier les autres. Mon conseil donné à un nouveau prêtre sera celui-ci : la croissance du vivant est celle de l'intégration organique et non celle de la destruction. Un vivant ne reste semblable à lui-même qu'en évoluant, mais cette évolution n'est féconde qu'à condition d'intégrer les données nouvelles à celles qui doivent continuer à exister pour servir de centre unificateur à l'ensemble de sa vie. En d'autres termes, ce n'est pas parce qu'on devient pasteur que l'on doit laisser perdre la brebis que l'on est soi-même. L'écosystème s'élargit mais il doit rester organique. Un jeune prêtre dominicain ne saurait rester tel que s'il continue à vivre la vie conventuelle et à être présent à la prière liturgique et personnelle. S'il n'est plus là habituellement, ni aux repas et aux récréations, ni à l'office et à l'oraison, il se met en danger. Au contraire, s'il travaille à tenir et à approfondir les fondamentaux en accédant à cette nouvelle étape, son entrée dans le ministère se fera sans heurts et lui sera plus une source de joie qu'un risque de péril. En outre, un prêtre qui ne prie plus assez, et un dominicain qui ne prend plus le temps de travailler, risquent au bout de quelques années de n'avoir plus grand-chose à dire. Il faut approfondir sans se négliger.

 

La problématique trop connue de la « tension » liée à la vie dominicaine, tension entre vie conventuelle et vie apostolique, sorte de bras de fer entre deux réalités nécessaires mais parfois antagonistes, est un faux problème, mal résolu parce que mal posé. Certes, il est des jours où un emploi du temps chargé semble introduire des incompatibilités. Le sens de la mesure doit alors prévaloir. Il n'y a pas de tension mais la construction d'une unité fondée sur l'équilibre et l'ordre des différents éléments de la synthèse dominicaine. Toute tension distend et rompt.

 

D'après "La vocation dominicaine" Parole et Silence - 169 p. - 2007

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