Le rétablissement de la province de Toulouse (1865)

 « Au fond, la formation de notre province est moins un dédoublement qu'une nouvelle fondation » Cette réflexion du P. Cormier1, après quinze mois d'exercice de sa charge de prieur provincial, suggère en quelle direction chercher la raison du climat de contestation, dont témoigne la forme autojustificative de l'acte officiel – 4 juillet 1865 – par lequel le P. Jandel divisa en deux la province de France pour rétablir l'ancienne province de Toulouse.

 

 À ce jour, 4 juillet 1865, la province de France, avec ses quelque 200 religieux, dont 97 prêtres résidant en France, ses 10 maisons dont 6 couvents formels, se trouve être une des provinces les plus importantes de l'Ordre. Mais son territoire se trouve, au moins théoriquement, coupé en deux depuis janvier 1862, par celui de la province d'Occitanie2, dans les limites qui auront été les siennes jusqu'en 1997. 42 Pères vivent au Nord, 52 au Midi. Au Nord, dans les couvents de Nancy (1843), Flavigny, couvent de noviciat (1848), Dijon (1861), Paris, en situation particulièrement délicate puisque, au terme du bail qui, depuis 1849, la maintenait dans l'ancien couvent des carmes, rue de Vaugirard, la communauté n'a pas encore trouvé son nouveau point de chute3. Au Midi, dans les couvents de Toulouse (1853), Saint-Maximin, avec une trentaine d'étudiants (1859), et dans les “maisons” encore plus ou moins développées de Bordeaux (1855), la Sainte-Baume (1859), Marseille (1861) et Mazères, près de Pamiers (1861). Chacun de ces deux ensembles représente un effectif supérieur à celui de la plupart des provinces de l'Ordre, comme le relève le P. Jandel dans l'acte du 4 juillet, soulignant ainsi la fécondité de la province de France dans le quart de siècle qui a suivi le retour de l'Ordre en France4.

 En dépit de ce couplet louangeur, le ton de l'acte du 4 juillet est celui de l'autodéfense, car le maître de l'Ordre sait bien que, en l'occurrence, il a contre lui presque tous les prieurs de la province. Son argumentation est toute simple : si je rétablis aujourd'hui la province de Toulouse, je ne fais que répondre – documents en main –, selon les conditions et le délai convenus, à ce que la province de France elle-même m'a formellement demandé il y a deux ans.

 Le P. Jandel a raison ; mais l'accueil fait à sa décision manifeste qu'une opposition – toute récente en effet – n'a pas encore désarmé. À peine le document du 4 juillet est-il connu à Saint-Maximin que le régent des études – un Italien étranger à la province de France – sourit quelque peu des réactions immédiates.

 « Voici la grande nouvelle : la division de la province est décidée ; déjà s'en vont vers le Nord tous ceux qui veulent faire partie de la province de France, c'est-à-dire quasi tous. Les choses ne se passent pas aussi facilement qu'il serait à désirer ; il y a bisbille, le mécontentement est quasi général. Ô ces Français, ces Français5 ! »

 Certes le “quasi tutti” est plutôt exagéré. Mais, tout autant que le nombre, c'est la rapidité des choix qui est impressionnante : tandis que le P. Jandel laisse trois ans de délai aux religieux pour choisir définitivement leur affiliation à l'une ou l'autre province, les options se déclarent en quelques semaines.

 Alors que le rétablissement d'une province à Toulouse s'inscrivait depuis longtemps dans les perspectives de la restauration dominicaine en France, pourquoi cette “panique” 6 au moment de la réalisation ?

 L'insigne maladresse des manœuvres mises en œuvre en dernière minute pour empêcher une décision demandée depuis moins de deux ans ne peut s'expliquer que par une perturbation des esprits dont il faut repérer les causes <ou la manipulation> immédiate et discerner les enjeux.

 Le présent exposé voudrait répondre à l'ensemble de ces questions. Préhistoire immédiate de la province de Toulouse, ce sera en même temps un chapitre de l'histoire de la province de France, encore sous le traumatisme de la fondation lyonnaise ; un nouvel aspect de ses relations difficiles avec le P. Jandel ; un aspect des premières mises en cause de l'héritage spirituel du P. Lacordaire7.

   I

  La restauration de plusieurs provinces dominicaines en France s'inscrit dans la logique du succès de l'œuvre entreprise en 1839 par l'abbé Lacordaire ; elle s'inscrit aussi dans la logique d'une crise qui, si discrètement que ce soit, marque cette entreprise dès l'origine.

 C'est dire que le P. Jandel est au cœur de l'histoire dont il faut analyser les péripéties. Chez le maître général, l'idée de restaurer la province de Toulouse répond depuis longtemps à une double préoccupation : la préoccupation de l'observance, une préoccupation de gouvernement.

 Que la question de l'observance ait été comme angoissante pour le P. Jandel dès le temps de son noviciat, et dès ce moment la source de ses premières difficultés avec Lacordaire, on le sait par ses propres confidences, dans le Mémoire dont la rédaction commence moins de trois mois après le décès du restaurateur de l'Ordre en France8. Déjà déçu des réalisations françaises, lorsqu'il devient vicaire de l'Ordre en octobre 1850, il ne tarde pas à savoir qu'au noviciat de Flavigny certains rêvent d'autre chose. Calmer l'impatience d'un Père Pierson9, ce n'est pas pour autant repousser l'idée. Elle court pendant des années… Que Lacordaire, à l'été de 1853, entreprenne de faire revivre l'Ordre à Toulouse, cela suffit pour que le vicaire de l'Ordre envisage déjà, avec son assistant le P. Besson, d'appuyer là ses “espérances d'avenir” par la fondation d'une “nouvelle province”10. En fait, ce sera l'œuvre de Lyon, en décembre 1855.

 Mais, quoi qu'il en soit de l'idéologie restauratrice d'observance, il n'en reste pas moins normal, parmi les frères de la province de France, de parler déjà d'une future “province du Midi”11 dans la perspective d'une plus ou moins proche remise en état des structures du gouvernement général de l'Ordre, suspendue depuis la nomination du P. Jandel en 1850.

 Certes, dans l'effort opéré par le P. Jandel pour restaurer les anciennes valeurs de l'Ordre, on ne peut dire qu'il ait été particulièrement sensible aux formes du gouvernement par le jeu électif des différents chapitres, si caractéristique cependant de l'Ordre mendiant médiéval.

 Ainsi, quand le P. Lacordaire, cherchant à discerner les caractéristiques de l'Ordre face aux congrégations modernes, se hasarde à considérer comme élément typique de l'institution dominicaine « l'élection des supérieurs à tous les degrés12 », le P. Jandel ne réplique-t-il pas que « les meilleurs religieux voudraient voir supprimer l'élection à tous les degrés, parce qu'ils font tous les jours l'expérience de ses funestes résultats dans un Ordre dégénéré13 ».

 Il est bien placé, en effet, pour s'en rendre compte. Aux premières années de sa charge, le chapitre général lui apparaît, à bon droit, comme la plus forte menace contre son œuvre de régénération. Il sait très bien qu'au plus récent chapitre général (1844), si onze provinces étaient représentées, il s'agissait exclusivement de provinces italiennes14. On comprend aisément que, pour l'avenir de l'Ordre, et plus spécialement pour l'entreprise inévitable de révision des Constitutions, il souhaite “restaurer” quelques provinces15.

 C'est dans cette perspective que, le 31 janvier 1861, ayant à écrire à Lacordaire, redevenu provincial de France depuis septembre 1858, il lui soumet un projet quasi immédiat :

  « Le Saint-Père vient de m'autoriser à convoquer le chap. gén. Pour l'élection de mon successeur, mais seulement à la Pentecôte de l'année prochaine. Vous recevrez sous peu ma circulaire de convocation. Or il me semble qu'il serait d'une grande utilité pour notre Ordre et d'un grand honneur pour vous et pour la France que la province de Toulouse fût représentée à ce chapitre ; c'est un rêve qu'avec le P. Besson nous caressions depuis bien des années, et il dépend aujourd'hui de vous qu'il devienne une réalité.

 Il vous sera très prochainement indispensable d'ouvrir un noviciat dans le Midi et d'établir un deuxième couvent d'études, même en conservant l'unité de province ; mieux vaut le faire pour ressusciter celle qui a été le berceau de l'Ordre et la plus ancienne de toutes. Avec peu de frais, vous pourriez faire du couvent de Mazères le noviciat simple, et vous auriez ainsi dès à présent quatre couvents pour chaque province, sans compter Chalais.

 Mes efforts ont constamment tendu à rétablir l'équilibre dans l'Ordre, en diminuant la prépondérance excessive et sans contrepoids que les événements avaient donnée à nos provinces d'Italie : je leur ai enlevé 13 voix au chapitre (6 en Sicile, 3 à Naples, 4 à Rome) ; il importe en même temps, pour rendre la balance à peu près égale, d'accroître le nombre des voix dans le Nord. Je viens de rétablir la province de Sainte-Rose, pourquoi n'en serait-il pas de même de celle de Toulouse ? Comme il est probable que vous vous rattacheriez à cette dernière, comme la plus ancienne, et aussi à cause de Sorèze, je pourrais vous en instituer le provincial pour quatre ans, et vous réuniriez le chapitre un peu plus tard pour l'élection du définiteur et du socius. La répartition des religieux entre les deux provinces serait aussi facile que naturelle ; on assignerait à Toulouse ceux qui seraient nés dans cette zone, et de même pour la France, en donnant en outre la liberté du choix à ceux qui auraient des motifs reconnus légitimes (de santé, ministère, relations, influence, etc.) de s'attacher à la province qui ne serait pas celle de leur naissance.

 Il suffirait pour réaliser ce projet que vous m'en fissiez la demande, (car ce n'est pas à moi, vous le concevez, à prendre l'initiative). Vous me feriez observer que la province de France est dès aujourd'hui l'une des plus nombreuses de notre Ordre et que, même en la divisant, chacune de celles qu'on formerait compterait encore plus de sujets qu'une partie de nos provinces actuelles ; que d'ailleurs le chiffre des novices, qui s'élèverait de plus en plus aussitôt qu'on aurait deux noviciats, comblerait en très peu de temps les vides produits dans chaque zone par la séparation.

 Il me paraît certain qu'une pareille demande de votre part rencontrerait dans mon conseil un accueil sympathique, bien loin d'y soulever aucune difficulté16, et il me semble que ce serait une gloire incontestable pour vous de représenter la province de Toulouse au premier chapitre général qui se tiendrait depuis le rétablissement de notre Ordre en France par vous, et d'y voir les trois premières places occupées par des Français (le maître général, et les provinciaux de Toulouse et de France). Pensez-y devant Dieu et, si vous goûtez ce projet, ne tardez pas à m'adresser votre demande. Si vous ne le goûtez pas, vous verrez du moins dans cette proposition une preuve non équivoque de mon ardent désir de servir jusqu'au bout et de toutes mes forces les intérêts de notre Ordre en France. »

 En cette lettre et en la réponse – négative – qu'elle suscite, se remuent tous les arguments qui, jusqu'à la fin, joueront dans un sens ou dans un autre. Il ne s'y ajoutera, dans la suite, que des réactions passionnelles, mais combien !

 La réponse de Lacordaire est du 12 février 1861 :

 « Vous m'annoncez, Révérendissime Père, la tenue du chapitre généralice pour la Pentecôte de 1862 et, à cette occasion, vous désirez le dédoublement de la province de France, afin de mettre de plus en plus en équilibre les diverses parties de notre Ordre. Je dois vous dire franchement ma pensée à cet égard.

 1°. Au point de vue financier, le dédoublement de la province serait sa ruine actuelle. J'ai dû, en très peu de temps, faire trois fondations, Saint-Maximin, Dijon et Bordeaux, ce qui a exigé des dépenses et des engagements considérables. La caisse provinciale a payé cent huit mille F dans ma première année de provincialat, cent vingt-trois mille dans ma seconde année, et elle devra payer cent cinquante mille d'ici au 1er septembre, où se clora ma troisième année. À cette époque, le terrain sera éclairci, mais non pas encore sans un passif réparti sur plusieurs années. De plus, Flavigny ayant toujours une présence de 25 à 30 novices, et Saint-Maximin en comptant près cinquante aujourd'hui, leur entretien est très dispendieux. Un dédoublement de la province, dans une pareille situation, entraînerait de nouveaux frais en diminuant les ressources pour l'un et l'autre fractionnement.

 2°. Au point de vue moral, ce serait bien pis encore. Le dédoublement tuerait l'autorité, l'unité d'esprit, la confiance publique, et créerait dans la nouvelle distribution publique des religieux un désarroi général. L'autorité. C'est à peine si, réunis, nous pouvons trouver un provincial, des prieurs, des maîtres des novices et des lecteurs. Beaucoup sont trop jeunes encore : que serait-ce après un dédoublement ? L'unité d'esprit : il a fallu vingt ans d'efforts pour l'établir, et j'y travaille encore aujourd'hui par une suite d'ordinations très importantes, relatives aux études, aux finances, à l'administration. Nous couper en deux, ce serait créer une déroute complète dans les intelligences. La confiance publique, complètement ébranlée par des dissentiments devenus publics ; elle ne résisterait pas à une nouvelle crise, qui serait inévitable et qu'accroîtrait encore un changement dans le personnel des couvents. Ce personnel n'a commencé à s'asseoir dans chaque couvent que depuis mon second provincialat, et en lui faisant subir une brusque et totale modification, on inspirerait aux fidèles un dégoût profond pour une instabilité dont ils souffriraient sans la comprendre.

 Autant donc vous avez bien fait de diminuer les provinces d'Italie par des réunions opportunes, autant vous feriez une œuvre contradictoire et dangereuse en affaiblissant les provinces naissantes par des dédoublements prématurés. Le salut de notre Ordre est dans les fortes provinces nationales, où l'autorité, l'unité, la force des traditions et des études donnent une solidité compacte et énergique à ces divers rameaux du tronc dominicain. La facilité des communications permet aujourd'hui à un provincial de gouverner vingt couvents dispersés sur un vaste sol national et d'échapper ainsi aux inconvénients de ces petits corps séparés les uns des autres dans un même pays17.La maxime divide et impera paraît donner de la puissance, mais elle ne crée, au fond, que la misère sociale, en matière religieuse comme en matière politique. Sans doute, diplomatiquement parlant, la multiplication des provinces nouvelles aurait un avantage, mais qu'est-ce que cet avantage en présence des maux que je viens de signaler ? L'avenir appartiendra évidemment aux nouvelles provinces ; il ne faut qu'attendre leur développement naturel.

 Voilà, Rme Père, le fond de ma pensée sur un sujet aussi important, aussi capital. Je serais piné que vous y vissiez un esprit de contradiction à votre égard ; il est à mille lieues de moi. Aujourd'hui mon seul désir est de ne plus gouverner, et je vous aurais déjà offert ma démission, si les dix-huit mois qui me restent ne me semblaient nécessaires pour achever la consolidation de la province. Cela fait, parvenu à soixante ans, je me croirai en droit de vous demander un repos mérité par trente-deux années d'une vie très active, dont vingt-trois consacrées au rétablissement de notre Ordre en France […].18 »

  Pour l'immédiat, la page est donc tournée. Mais cet échange de lettres constitue un excellent status quaestionis.

 

 

II

 

 Le 23 janvier 1862, deux mois après la mort du P. Lacordaire († 21.11.1861), le P. Jandel institue la province d'Occitanie, sous le patronage de l'Immaculée-Conception, lui attribuant comme territoire un certain nombre de diocèses coupant la carte de France par une large bande diagonale, de la Bretagne aux Alpes. On comprendra aisément, explique-t-il, que cette division est faite en « tenant compte de la province de Toulouse, que nous aurons bientôt le plaisir de voir renaître, ce dont nous avons toujours le désir et l'espoir, quod in votis et in spe semper habitus19. »

 L'Année dominicaine, dans son numéro de mars 1862, (p. 424), fait immédiatement écho : « Puisse l'illustre province de Toulouse ne pas trop attendre pour reprendre elle aussi son titre et ses prérogatives de science et de grandeur. »

 Quoi qu'il en soit des délais, la perspective de cette restauration apparaît aux uns comme aux autres d'autant plus normale que le centre de gravité de la province de France est déjà dans le Midi, puisque le provincial (P. Saudreau) a déjà déplacé sa résidence à Marseille et que les réserves d'avenir sont concentrées à Saint-Maximin.

 Malheureusement, la distanciation géographique est loin de coïncider avec cette évidente distanciation des esprits dont le P. Jandel peut se convaincre par ses entretiens personnels avec chacun des religieux, au cours de la visite régulière qu'il effectue pendant l'été de 1862. Perçu comme inévitable, le dédoublement de la province ne peut que susciter déjà appréhension et questions.

 « Il est incontestable qu'il y a, dans la province actuelle de France, deux courants bien distincts, sinon contraires, et dont la réunion forcée n'aboutira qu'à des souffrances mutuelles ; tous les deux ont trop de force pour qu'on puisse espérer en faire triompher un par la destruction de l'autre ; en les forçant à demeurer unis, on ne peut avoir pour résultat que compression, situation violente, malaise perpétuel et réactions. Rien ne serait donc plus sage que de laisser à chacun de ces courants la liberté de suivre sa pente et de creuser son lit, mais cela serait trop simple pour être du goût des passions. […] On doit s'attendre à des déchirements qui me seront peut-être imputés, après que j'aurai signalé et offert le moyen de las prévenir […]. »

 Écrivant ces lignes en février 186320, le P. Jandel est en train de vivre une pénible expérience où se révèle une disposition d'esprit, qui d'ailleurs n'est peut-être pas exclusivement le fait de ceux qu'il appelle “les libéraux”, à savoir une méfiance quasi instinctive à son égard. L'intervention apaisante du maître général dans une querelle peu franche avec la province de Lyon, à propos du Rosaire perpétuel, a été fort mal reçue à Paris21.

 « J'ai beaucoup souffert de ce douloureux incident, et j'en souffrirais longtemps encore, parce qu'il m'a révélé, de la part de la province, des dispositions de défiance qu'à la suite de la visite, je m'étais fait l'illusion de croire à peu près dissipées. Aujourd'hui, j'ai pu voir qu'il n'en était rien et qu'il pouvait suffire que deux ou trois esprits malveillants ou prévenus jetassent le cri d'alarme, pour réussir à transformer aux yeux de la province mes actes les plus inoffensifs, dans le fond et dans la forme, en autant d'actes d'agression, de méfiance ou d'hostilité. C'est à mes yeux un grand malheur…22 ».

 Le maître général sait à quoi s'en tenir. Quoi qu'il dise ou fasse, il y aura toujours quelques “meneurs” pour contester, et des “moutons de Panurge” pour les suivre23

 

III..

 

La perspective d'un dédoublement de la province de France entre Nord et Midi étant depuis longtemps ouverte, le processus de réalisation s'en inaugure discrètement pendant l'été 1863.

 Du 26 au 31 août 1863, quatre des cinq prieurs de la province, auxquels s'ajoute le P. Augustin Martin, l'unique maître en théologie, se réunissent à Flavigny, autour du P. Nicolas Saudreau, provincial, pour célébrer la première congrégation intermédiaire de la province.

 Sorte de conseil élargi entre deux chapitres provinciaux mais ayant les mêmes pouvoirs que ceux-ci, la Congrégation intermédiaire n'est en effet obligatoire que depuis le chapitre général de 186224. Sont donc rassemblés, outre le provincial et le P. Martin, les Pères Dominique Le Tellier (Nancy), Albert Mathieu (Flavigny), M.-D. Souaillard (Paris), Hyacinthe Bissey (Toulouse). Récemment décédé, le prieur de Saint-Maximin n'a pas encore été remplacé. Dijon, Bordeaux, Mazères et Marseille ne réalisent pas encore les conditions requises pour une représentation régulière25.

 Bien que non immédiatement inscrite à l'ordre du jour, la question du dédoublement de la province surgit dès la première séance de travail, le 26 août au soir. L'examen des investissements et aménagements immobiliers à envisager pour l'établissement de Marseille suscite une vive réaction d'“un Père”, qui ne peut être que le prieur de Paris26.

 « Un Père fait observer que la fondation de Marseille augmente les dettes de la province et les sacrifices que le Nord fait depuis longtemps au profit du Midi ; qu'il serait bon de penser au Nord ; que Paris, par exemple, a besoin d'une maison27 aussi bien que Marseille ; et qu'à la séparation, la province du Nord serait inférieure à celle du Midi pour le nombre des couvents et qu'elle aurait dépensé pour le Midi toute son influence et toutes ses forces. Ne serait-il pas bon de discuter d'abord sur la probable et prochaine séparation des provinces  ? »

 

En fait, bien qu'affleurant à une ou deux reprises28, la réflexion ne s'engage sérieusement que dans la séance du 28 août après-midi, pour se poursuivre toute la matinée du lendemain. Six votes29 sanctionnent un ensemble de propositions soumises à l'agrément du maître général :

 – la division de la province à réaliser au prochain chapitre provincial30 ;

 – un dispositif de base, précis et équitable, pour la répartition des dettes31 ;

 – la possibilité laissée à chacun des religieux, dans un délai déterminé, de choisir sa province d'affiliation.

 L'ensemble des propositions ainsi votées figure en tête du document signé des six participants, le 31 août, transmis pour approbation au maître général.

 En exprimant son accord – lettre du 18 octobre 1863 – le P. Jandel est d'avis, lui aussi, de « ne rien précipiter », et donc d'ajourner l'exécution jusqu'à la veille du chapitre provincial de 1865. Il estime qu'alors lui-même devra attendre encore deux ou trois ans avant de procéder aux transfiliations requises, afin de laisser les religieux « ne se décider qu'après mûre réflexion et en pleine connaissance de cause ». Il n'est pas sans se faire d'illusion lorsqu'il se félicite d'écarter ainsi tout risque de « changement subit de personnel, pas plus dans les couvents du Nord que dans ceux du Midi ».

 

Est-ce intentionnellement, ou par ignorance de l'obligation qui leur en incombait ? les membres de la Congrégation intermédiaire n'ont pas rédigé d'Actes communicables aux différents couvents. Ainsi, les résolutions concernant le dédoublement de la province n'ont fait l'objet d'aucun texte officiel32. Abandonner une information de cette importance au simple jeu du bouche à oreille, n'était-ce pas ouvrir le champ aux rumeurs, à l'ironie, à l'intrigue ?

 Personne plus que le P. Jandel ne redoute les manifestations de ce qu'il aime appeler la furia francese. Mais, tandis qu'il craint encore de celle-ci qu'elle ne réclame quelque réduction des délais pour le rétablissement de la province de Toulouse33, voici que, tout au contraire, il réalise “que quelques mauvaises têtes du Nord se dispos[er]aient à mettre des bâtons dans les roues”34.

 Un mouvement d'opposition se dessine, en effet, dont le maître de l'Ordre a connaissance dès le mois d'avril 1864 par une lettre venue de Flavigny35, l'initiateur pouvant bien être le nouveau prieur [date à préciser] du couvent de noviciat, le P. Dalmace Leroy36. Les archives de la province n'ont quasi rien conservé de cette circulation, entre couvents, de lettres ou notes techniques37, dont l'aboutissement sera les signatures de la quasi totalité des prieurs et sous-prieurs38 au bas du document – daté du 8 décembre 1864 – que le P. Leroy ira lui-même soumettre à la S.C. des Évêques et Réguliers en février 1865.

 Ainsi recommence-t-on ce processus d'appel au Saint-Siège contre la fondation lyonnaise qui, en 1858, avait réussi à provoquer la visite du P. Besson et, au delà, le retour du P. Lacordaire à la tête de la province39. Car, une fois encore, c'est de l'œuvre de Lacordaire qu'il s'agit. L'initiative d'un appel à l'autorité romaine est portée par l'émoi que suscitent les pages déjà en circulation du Mémoire dont le P. Jandel a entrepris la rédaction pour « faire connaître la vérité vraie sur l'origine et les causes des déchirements dont nos couvents de France ont souffert pendant ces dernières années »40.

 Les choses seront dites en clair au P. Jandel par le P. Souaillard, prieur du couvent de Paris. « Votre Mémoire, qu'on s'est passé de mains en mains depuis deux mois, a fait plus de mal que de bien. Le P. Saudreau prétend qu'il a produit plus d'effet que la circulaire de 185741. Là, vous n'attaquiez que l'esprit et aujourd'hui on dit que vous attaquez la personne.»42. Selon le provincial, en effet, la vivacité des réactions contre l'implication du P. Jandel dans le projet de dédoublement de la province s'explique « par l'impression malheureuse que produit sur les âmes fortement attachées au révéré Père Lacordaire la lecture de votre Mémoire »43.

 Si, dès novembre 1864, le P. Jandel connaît le bruit qui court d'une démarche contre lui auprès du pape44, sans toutefois saisir qu'un appel en forme se prépare contre lui45, comment le provincial, si isolé soit-il dans sa résidence de Marseille, ne saurait-il encore rien de la chasse aux signatures pour ce document, quand il demande au maître général l'autorisation pour le P. Leroy d'un voyage à Rome46 dans les premières semaines de 1865 ? L'affirmation ultérieure du P. Leroy sur une si curieuse ignorance47 n'aura probablement jamais réussi à convaincre le P. Jandel de la parfaite loyauté (ou candeur ?) de comportement du prieur de Flavigny dans ses malheureuses démarches romaines48, dont il faut suivre maintenant le cheminement.

 Lorsque le P. Leroy s'embarque sur le Vésuve49, comme aumônier intérimaire, en direction de Civitta Vecchia, il sait que le document de recours, qui n'a pas encore recueilli toutes les signatures escomptées, lui sera envoyé à Rome. Responsable des finances communes au sein du conseil provincial, il projette diverses rencontres à Rome (mais avec qui ?) pour traiter de différentes affaires, notamment des problèmes que pose au couvent de Paris la nécessité de quitter la maison des Carmes pour se stabiliser dans un nouveau lieu50.

 À Rome, où il se trouve fin janvier 186551, le P. Leroy a tout le temps de vaquer à ses diverses négociations, puisqu'il lui faut attendre une dizaine de jours l'arrivée du précieux mémoire52. Mais alors, quelles manigances ! Ou, tout simplement, quelles maladresses !!

 Probablement le P. Leroy n'ignore-t-il pas que toute démarche auprès d'une Congrégation romaine doit normalement s'effectuer par l'intermédiaire du procureur général de l'Ordre. Mais, en l'occurrence, puisqu'il s'agit d'une action contre le maître de l'Ordre lui-même, s'adresser au procureur général, n'est-ce pas risquer de bloquer le recours dès le départ ?

 Que ce soit sur le conseil de « quelques personnages très sympathiques à la France », à lui recommandés par les prieurs, ou que ce soit de sa propre initiative53, le P. Leroy prend le parti d'exposer directement à Mgr #########, secrétaire de la S.C. des Évêques et Réguliers

 « ma situation et mon embarras […] afin de m'entendre avec lui sur ce qu'il y aurait de mieux à faire. Le préfet, après avoir lu notre requête, me demanda si notre général était informé de l'affaire: sur ma réponse négative, il ajouta : “Vous déplairait-il que je lui en parle et que je voie ce qu'il a à dire ?” Je crus ne pas manquer à mon mandat en acceptant cette offre d'une démarche conciliatrice. Ainsi, muni de l'assurance que rien ne serait fait avant que vous fussiez entendu, officieusement, je me mis en devoir le jour-même de prévenir le Rme P. procureur général de notre détermination d'en appeler à la Sacrée Congrégation, en lui remettant copie de notre appel. Sur ce, le Rme P. Spada m'ayant dit qu'il ne voulait pas se charger de présenter notre requête, je lui répondis que j'y avais pourvu. »

 Est-ce le même jour, ou le lendemain, que le prieur de Flavigny se présente chez le maître général ? Cette entrevue du 10 février est extrêmement brève, et l'accueil on ne peut plus sec. Sous la blessure toute vive d'une démarche qu'il qualifie de “déloyale”, le P. Jandel raconte ainsi, deux jours plus tard, au provincial de France :

 « Vendredi soir, pendant que le P. Ligiez me faisait la lecture, le P. L[eroy] se présenta avec un pli à la main, me disant qu'il avait reçu commission des prieurs de remettre au Rme P. procureur général un recours contre la séparation des provinces, et qu'il ne voulait pas le faire sans m'en prévenir. Je lui répondis, sans témoigner ni mécontentement ni surprise : “Eh bien , allez le lui porter”, et nous continuâmes la lecture. Je supposais qu'il allait ainsi confier au procureur général le soin de traiter l'affaire auprès de la S. C., mais je me trompais : il était allé auparavant trouver le secrétaire de la S. C. et lui avait déposé entre ses mains la protestation des prieurs, ce qu'il s'était bien gardé de me dire, mais ce qu'il avoua au P. Spada. Comme celui-ci lui fit observer qu'il devait m'en avertir, il est possible (quoique assez peu probable) qu'il vienne m'en parler après coup. Mais en ce cas je suis décidé à me borner à lui montrer dans Fontana le n° 8 de la page 120, pour lui faire voir les ordinations qu'il a violées et les peines qu'il a encourues, et de n'entrer dans aucune discussion, qui serait superflue maintenant. »54

 

IV

 

 

Dans le mémoire remis le 9 ou le 10 février à la S.C. des Évêques et Réguliers pour refuser dans l'immédiat le dédoublement de la province de France55, par-delà une argumentation historique bien agencée, quelle peur, quelles appréhensions ont en réalité rassemblé la majorité des prieurs ?56 Quelles valeurs semblent mises en cause ? En quoi s'oppose-t-on réellement aux espoirs, voire aux intentions, du P. Jandel ?

 Quoi qu'il en soit de l'autorité réelle de la Congrégation intermédiaire d'août 1863, sur laquelle maintenant, ils s'interrogent, et des pouvoirs du maître général qu'en l'occurrence ils essaient plus ou moins heureusement de contester57, les responsables du vote d'août 1863 en faveur d'un dédoublement de la province n'hésitent pas à dire que « le vrai sens » de ce vote « a été détourné ». Détourné par qui ? sinon par celui dont les “souvenirs”, de moins en moins confidentiels, manifestent le caractère foncier d'une mésentente quasi de toujours avec le restaurateur de l'Ordre en France ? La création d'une nouvelle province, selon « une nouvelle observance », évidemment plus rigide, et dans « un nouvel esprit », n'apparaît-elle pas comme l'occasion de réduire le crédit d'une forme de vie dominicaine trop marquée par « l'arbitraire » d'un personnage aussi prestigieux que Lacordaire ?

 Quel « nouvel esprit » les prieurs de la province craignent-ils de se voir opposer lorsqu'ils protestent de leur assiduité dans « l'étude des doctrines de la Sainte Église », de leur « obéissance filiale aux décrets du Siège Apostolique », dont ils se déclarent « résolus à défendre les droits sacrés jusqu'à donner notre sang » ?

 En datant artificiellement du 8 décembre 1864 le texte de leur recours58, pouvaient-ils se douter que le Syllabus de Pie IX, promulgué le même jour, ne tarderait pas à fournir des armes contre ces “libéraux”, disciples de Lacordaire, dont ils font partie. En 1857, les pionniers de la nouvelle observance lyonnaise demeuraient discrets dans l'affirmation de leurs options antilibérales59, mais, huit ans plus tard, c'est bien sur ce terrain de l'ouverture ou fermeture à la société moderne que s'opèrent aussi les clivages60.

 Qui a rédigé le texte du recours ? S'il faut renoncer à y voir intégralement la main du P. Leroy61, plus important apparaît le groupement des signatures au bas du document : tous les supérieurs de la Province, à l'exception du provincial et du prieur de Paris62.

 

Blessé de la démarche des prieurs et de la maladresse – c'est le moins que l'on puisse dire – du P. Leroy, le P. Jandel pouvait-il rester longtemps sans réagir ? Son premier mouvement est de revenir sur des promesses faites au P. Mas, sous-prieur de Saint-Maximin, venu le voir dans le courant de décembre. Le maître général s'était dit alors « disposé à offrir à la province de France une compensation pécuniaire considérable, en dédommagement des couvents qui devaient lui être soustraits »63. Deux jours après la visite-éclair du P. Leroy, il ne saurait plus en être question. « Je vous prie maintenant de regarder cette offre comme non avenue et de ne pas en parler », déclare-t-il au provincial. « Autant j'étais disposé à faire des sacrifices dans l'intérêt de la concorde et de la paix, autant je le suis peu à faire des concessions que l'on croirait arrachées à la peur.64 » Huit jours plus tard, il en est à considérer que la démarche du P. Leroy lui a « rendu grand service, quoique ce ne fût pas précisément son intention […]. Je me félicite de ma lenteur qui a permis à l'impatience de l'opposition de prendre les devants »65

 V

 Quelle attention porte-t-on dans la province aux suites du recours ? Quels religieux sont informés des détails que le P. Leroy aura communiqués à chacun de ses “commettants”66 ?.

 Ayant quitté Rome le 15 février, non sans avoir demandé à un religieux de ses amis de le tenir au courant de la marche de l'affaire67, le P. Leroy s'arrête à Paris avant de regagner son couvent de Flavigny. Quelques contacts avec les Pères d'une communauté dont le prieur est en constante correspondance confidentielle avec le P. Jandel suffisent à lui faire saisir la “rumeur” dont lui-même est l'objet.

 Tout en exprimant son regret pour ce que sa démarche a pu avoir de désobligeant à l'égard du maître général, la lettre qu'il lui écrit, dès le 28 février, veut, grâce à quelques précisions sur l'enchaînement des faits, non seulement justifier la correction de son comportement, mais surtout réaffirmer sa conviction en conscience de la validité canonique et du bien-fondé du recours contre un projet qui, pour la province, serait un vrai “malheur”68.

 Se gardant bien d'aborder le fond de la question pour ne pas « prévenir le jugement du Saint-Siège », la réponse du P. Jandel est particulièrement dure pour « un procédé que tout homme d'honneur qualifierait plus sévèrement que je ne veux le faire. Je vous plains d'y avoir eu recours, et je vous plains peut-être plus encore de ne pas sembler comprendre tout ce qu'il a d'odieux »69.

 Pas davantage le P. Leroy n'argumente sur la raison d'être du recours lorsque, s'estimant à son tour « profondément blessé » par les reproches du maître général, il reprend avec plus de détails la justification de son comportement de février. Aucune protestation d'excuse ou de regret dans cette lettre du 7 avril 1865 que le prieur de Flavigny termine “correctement” par la formule de conclusion mise en usage dans la province par le P. Lacordaire70. Un post-scriptum notifie que la démarche d'appel n'est pas suspendue, tant s'en faut. « Je crois devoir vous prévenir que, dans l'intérêt de la province, j'envoie une copie de la présente lettre au secrétaire de la S. Congrégation. J'infère de tout ce qui s'est passé qu'il n'a pas jugé à propos de vous écrire, ainsi qu'il me l'avait proposé. Je le regrette infiniment, car une semblable démarche de sa part aurait probablement prévenu bien des complications. » Ainsi, n'admettant toujours pas l'irrégularité de sa visite au secrétaire de la S.C., le P. Leroy commence-t-il à en percevoir la naïveté. Qui sait si le maître général, dont il n'ignore tout de même pas la familiarité avec Pie IX, n'agit pas de son côté au plus haut niveau ?

 

Une nouvelle démarche d'autojustification s'impose donc désormais, mais cette fois directement auprès de la S.C., en vue de relancer le recours. Dans cette lettre du 20 avril à Mgr ####, la requête est plus nuancée. On ne refuse pas la division de la province, mais on s'en remet pour cela à la compétence de trois chapitres généraux71, ce qui la retarderait d'au moins dix ans ! L'argumentation sur l'état de la province n'est pas sans valeur, qui souligne la condition juridique précaire de chacun des couvents, l'insuffisance des effectifs, le poids des dettes.

 En concluant que rien ne justifie la division, « si ce n'est la division des esprits », la lettre avance la raison profonde du refus. On a peur d'une décision qui serait comme une condamnation publique de la province de France dans sa fidélité au patrimoine spirituel du P. Lacordaire.

 Il n'y a pas lieu de s'étonner que le P. Jandel soit immédiatement mis au courant de cette “nouvelle instance” des opposants72. Tout en déclarant qu'il « laisse dormir l'affaire » et attend « avec une entière soumission la décision du Saint-Siège, quelle qu'elle puisse être 73», il est parfaitement au courant des dispositions prises par la S.C. pour régler le litige : demande d'une note historique-juridique au procureur général de l'Ordre Marianus Spada sur le pouvoir du maître général en l'occurrence, enquête discrète auprès de quelques personnalités ecclésiastiques de France sur l'opportunité de la division74. Les détails de cette information sont donnés au P. Saudreau pour communication « à tous ceux qu'ils intéressent » dans la lettre que le P. Jandel lui adresse le 24 juin, le jour même où il apprend officiellement le rejet du recours des opposants75. S'il estime pouvoir « envoyer dans une quinzaine de jours le décret de rétablissement de la province de Toulouse », c'est « dès à présent », selon lui, que le provincial peut « consentir sans difficulté au transfert des religieux qui voudront passer du Midi au Nord ».

 Ainsi, s'attendant depuis des semaines à un tel mouvement76, tout en redoutant le « scandale des fidèles » devant cette « apparente désertion »77, le P. Jandel ne se trompe pas en pressentant que toute rigueur risque d'aggraver le ressentiment de ceux qui depuis des moins ont manœuvré contre lui ; certains n'en sont-ils pas à faire intervenir quelques bienfaiteurs laïques avant même que le provincial lui-même n'ait en main le document original78. Avant lecture du décret du 4 juillet muni de ses pièces combien justificatives, y a-t-il encore des religieux pour ignorer la demande effectuée voici moins de deux ans, mais jamais officiellement publiée ? Le P. Jandel le pense encore79. Peu importe ! Ceux qui font l'opinion dans la province ont propagé leurs convictions que, selon le rêve de toujours du maître général, la nouvelle province est appelée à prendre ses distances par rapport à l'œuvre du P. Lacordaire.

 Une publication récente est venue – opportunément ? maladroitement ? – renforcer cette conviction. L'auteur, Étienne Cartier80, y présente une des plus attachantes figures de la restauration dominicaine en France, le P. Besson, décédé le 5 mai 1861. C'est pour une part afin de documenter É. Cartier que le P. Jandel a entrepris cette rédaction de “souvenirs”, dont les pages consacrées au dissentiment initial avec Lacordaire ont tellement perturbé depuis des semaines l'affectivité des religieux.. Ainsi, une information demeurée quelque temps plus ou moins confidentielle est-elle maintenant à la portée du grand public ; on y perçoit ce rêve dune “nouvelle province” où se réaliserait enfin stabilisée cette véritable observance dominicaine que Lacordaire soi-disant n'avait pu promouvoir ni même concevoir.

 Au moment même où le rétablissement de la province de Toulouse est chose faite, l'Année dominicaine prend occasion de l'ouvrage de Cartier81 pour affirmer avec force que

 « providentiellement suscité pour restaurer l'Ordre des Frères Prêcheurs qui se mourait sur tous les continents, ayant de nos temps et de nos besoins, de nos forces et de nos faiblesses, une intelligence que Dieu n'a, au même degré, donnée à personne, ayant lui-même porté le poids du jour et de la chaleur, et tenu le champ de bataille de la prédication pendant plus d'un quart de siècle, le P. Lacordaire, avec son génie et son coup d'œil, ses inspirations et la conscience de sa mission providentielle, était plus capable qu'aucun autre de comprendre et d'interpréter notre législation, d'apporter la lumière dans les questions d'observance, et d'indiquer à notre Ordre et à notre siècle des moyens de régénération. C'est ce qu'il fit dans son Mémoire pour la restauration des Frères Prêcheurs dans la chrétienté »82.

 

Le P. Jandel accuse douloureusement le coup devant cette nouvelle “sottise” d'une revue dont il a toujours déploré la relative indépendance de ses rédacteurs. Il ne saurait tolérer que la publication de son décret du 4 juillet s'y accompagne de « quelques commentaires plus ou moins déplacés, parce qu'alors l'attaque serait dirigée non plus contre ma personne mais contre mon autorité »83. Les mêmes considérations sur la « mission providentielle » de Lacordaire, la même référence au Mémoire de 1852 se retrouveront sous la plume du P. Lataste pour justifier sa décision de quitter un couvent tout proche cependant de son pays natal84. À Saint-Maximin, personne n'ose poser la question “Lacordaire” au P. Saudreau, lorsqu'il vient, le 23 juillet, expliquer aux frères étudiants les circonstances et l'opportunité de la division de la province85. Ce sera au contraire le premier thème abordé de front par le P. Jandel pour se justifier « de l'accusation injuste portée contre lui », lorsqu'il s'entretiendra à son tour avec le même auditoire, au début d'octobre86.

 

 

 

Index des noms

 

 

Arlin, Gabriel (Lyon) † 4.8.1942

 

Besson, Hyacinthe (France) 10.4.1816 (Morey) – pr 29.5.1842 – † 4.5.1861 (Mar-Yakoub)

 

Bion, Albert (France Toulouse) 16.6.1830 (Chatellerault) – pr 29.12.1853 – † 25.12.1898 (Arcachon)

 

Bissey, Hyacinthe (France) 29.5.1813 (Marcellois) – pr 28.8.1851 – † 7.5.1897 (Dijon)

 

Bourard, Thomas (France) 7.9.1818 (Paris) – pr 5.5.1844 – † 25.5.1871 (Paris)

 Bourgnon de Layre, Antonin (France) 26.5.1819 (Poitiers) – pr 10.12.1849 – † 10.12.1870 (Paris)

   Cartier, Étienne (T.O.P.)

 Chéry, Marcolin † 2.11.1870

 Chevalier, Humbert † 30.6.1863 à vérifier

 Chocarne, Bernard (France) 4.4.1826 (Dijon) – pr 7.10.1850 – † 5.12.1895 (Corbara)

 Cormier, Hyacinthe-Marie (Lyon Toulouse)

 Danzas, Antonin (France Lyon) 8.5.1817 (Colmar) – pr 29.5.1842 – † 27.4.1888 (Lyon)

 Duley, Alvare (France) 21.3.1831 (Arbois) – pr 15.12.1853 – † 21.3.1890 (Lyon)

 Gerbet, Philippe-Olympe 5.2.1798 (Poligny) – évêque de Perpignan 1854 – † 7 août 1864 (Perpignan)

 Jandel, Vincent (France) 18.7.1810 (Gerbevillers) – pr 15.5.1842 – † 11.12.1872 (Rome)

 Lacordaire, Henri-Dominique (France) 12.5.1802 (Recey-sur-Ource) – pr 18.4.1840 – † 21.11.1861 (Sorèze)

 Lataste, Marie-Jean-Joseph (France) † 10.3.1869

 Leroy, Dalmace (France) 28.1.1828 (Marseille) – pr 28.8.1852 – † 19.5.1905 (Paris)

 Le Tellier, Dominique (France) 7.12.1827 Saint-Manvieu) – pr 30.10.1851 – † 22.12.1893 (Paris)

 Lévy, Jean-Baptiste (France) † 26.5.1879

 Martin, Augustin (France) 17.8.1818 (Neuvillers) – pr 23.10.1842 – † 27.10.1886 (Flavigny)

 Mas, Louis (France Toulouse) 3.1.1828 (Lyon) – pr 8.4.1857 – † 19.4.1913 (Aubagne)

 Mathieu, Albert (France) 21.7.1823 (La Neuville) – pr 9.11.1848 – † 12.3.1901 (Nancy)

 Minjard, Constant (France) 1.6.1829 (Tatare) – pr 24.12.1851 – sécularisé en 1867

 Monjardet, Paul (France) 28.10.1820 (Courcelles-Vald'Esnoms) – pr 2.6.1848 – † 18.3.1885 (Paris)

 Monsabré Jacques-Marie (France) † 22.2.1907

 Pie, Louis-Édouard 26.9.1815 (Pontgonin) – évêque de Poitiers 1849 – cardinal 1879 – † 18 mai 1880 (Angoulême)

 Pierson, Louis-Marie (France Lyon) 1824 (Nancy) – pr 25.12.1850 – † 14.4.1895 (Poitiers)

 Quaglia, Ægidius (Piémont) 5.9.1822 – pr 1840 – † 23.7.1903

 Rhétoré, Jacques (France Toulouse) 21.8.1841 (La Charité sur Loire) – pr 19.10.1861 – ord 2.9.1865 – † 14.3.1921 (Mossoul)

 Rouard de Card, Pie-Marie (France) † 3.8.1877

 Saint-Dominique de la Croix , Sœur

 Saudreau, M.-Nicolas (France Toulouse) 24.10.1821 (Saint-Lambert) – pr 8.7.1853 – † 1898 (Arcachon)

 Sicard, Jean-Dominique (France Toulouse) 29.3.1827 (Rochefort) – pr 14.9.1856 – † 8.1.1907 (Passajes)

 Spada, Mariano (Sicile), procureur général 1855-1867, † 15.11.1873 (Rome)

 Souaillard, M.-Dominique (France) 20.12.1816 (Paray-le-Monial) – pr 4.8.1846 – † 1.5.1889 (Le Havre)

 

 

 

Dossier concernant la séparation de la province de Toulouse

 

Chronologie des pièces

 

 

 

1863, 29 août : Jandel aux P. de la Congrégation intermédiaire, répondant à leur lettre du 27 août (copie) = dans pièce 20

 

1863, 31 août : lettre des P. de la Congrégation intermédiaire au P. Jandel = pièce 7 B

 

1863, 18 octobre : Jandel aux P. de la Congrégation intermédiaire

 

 

 

1864, 8 décembre : appel au Saint-Siège contre la division de la province = pièce 2

 

 

 

1865, 28 février : brouillon de lettre de Leroy à Jandel au sujet de l'appel au Saint-Siège = pièce 3

 

1865, 7 avril : Leroy à Jandel (copie) = pièce 4

 

1865, 20 avril : Leroy au secrétaire de la S.C. des évêques et réguliers = pièce 5

 

1865, 4 juillet : décret de Jandel rétablissant la province de Toulouse = pièce 6

 

1865, 7 juillet : Jandel à Saudreau = pièce 7 A

 

 

 

1865, 12 juillet : copie du décret authentiquée par le P. Saudreau = pièce 6 bis

 

1865, 17 juillet : Saudreau à Minjard = pièce 8

 

Minjard à Saudreau (copie incomplète) = pièce 9

 

1865, 21 juillet : archevêque de Bordeaux à Minjard (copie) = pièce 10

 

Minjard à Jandel (copie) = pièce 11

 

Minjard à Saudreau (copie) = pièce 12

 

1865, 25 juillet : Saudreau à Minjard (original) = pièce 13

 

1865, 26 juillet : Minjard à Saudreau (original) = pièce 14

 

 

 

1865, 26 août : Berthe et Caroline de Mesnard à Chocarne (original) = pièce 15

 

Mme de Falconet à Chocarne (original) = pièce 16

 

1865, 8 septembre : Chocarne à Minjard (original) = pièce 17

 

1865, 11 septembre : Mme de Mesnard à Minjard (original) = pièce 18

 

 

 

1865, 6 novembre : circulaire de Jandel aux 3 provinciaux et au vicaire général T.O.E. sur les limites territoriales des provinces = pièce 19

 

 

 

1867, 1er septembre : mémoire signé par le P. Maré sur la Congrégation intermédiaire du 26 août 1863.

 

1 Au P. Jandel, 14 janvier 1867.

 

2 Érigée le 26 février 1862. Désormais “province de Lyon” à partir de 1925.

 

3 [Préciser, avec date, où en sont les hypothèses pour le couvent de Paris.]

 

4 « Comment ne pas voir quelle gloire cette restauration fait rejaillir sur la province de France, puisque, en moins d'un quart de siècle après son propre rétablissement, ont été ainsi recréées trois provinces pour l'Ordre, l'effectif de chacune étant bien supérieur à celui que possèdent la plupart de nos autres provinces. »

 

5 Le P. Quaglia, régent de Saint-Maximin, au P. Rouard de Card, prieur provincial de Belgique, 11 juillet 1865 (en italien, traduction A. Duval). ADP.

 

6 Le mot est du P. Jandel, lettre au P. Leroy, 19 octobre 1864.

 

7 Cette recherche s'appuie sur divers éléments des Archives de la province de France, notamment un dossier rassemblé par le P. Leroy. – Aux Archives de l'Ordre, j'ai utilisé le copie de lettres du P. Jandel [AGOP IV, 282], mais très insuffisamment le dossier de la série XIII.

 

8 Cf. B. Bonvin, Lacordaire, Jandel, Paris, 1989.

 

9 Cf. Bonvin, p. 158.

 

10 Il confiera ce souvenir au P. Pierson, en 1855, lorsqu'il sera informé du projet lyonnais du P. Danzas. « Le même projet, le Père Besson et moi, nous l'avions conçu ensemble, depuis la fondation de Toulouse, et c'était sur lui que reposaient nos espérances d'avenir. C'était à lui que je faisais allusion quand je vous exhortais à modérer votre impatience et à espérer, en préparant l'avenir, l'accomplissement de vos vœux. » Jandel à Pierson, 1er décembre 1855. Cité par le P. Gabriel Arlin, dans ses Notes sur la fondation du couvent des dominicains de Lyon.

 

11 Ainsi le P. Chocarne plaisante-t-il, à propos du P. Souaillard, responsable à Bordeaux d'une communauté trop peu nombreuse encore pour avoir un prieur, le supérieur n'ayant pas alors d'autre titre que celui de “vicaire provincial”. Mais, ironise le P. Chocarne, n'est-ce pas « l'annonce du titre de provincial de la future province du Midi » ? B. Chocarne à son frère Victor, curé de Beaune, 25 octobre 1856. (Archives Petites sœurs dominicaines) – C'est à propos de cette fondation de Bordeaux, due au succès de la prédication du P. Souaillard, que le P. Danzas observait au P. Pierson qu'elle n'avait pu être envisagée comme base d'une stricte observance. « Les Bordelais voulaient des prédicateurs de talent : sapientiam quaerunt ! Comment fonder un couvent d'observance dans une ville qui attend les frères in sapientia verbi » Cité par Bonvin, p. 162.

 

12Mémoire pour la restauration des Frères Prêcheurs dans la chrétienté présenté par le R.P. Henri-Dominique Lacordaire, Provincial de France, à la Congrégation de réforme instituée par la Sacrée Congrégation des Évêques et Réguliers l'an 1852. Cf. Bonvin, p. 152-153. A. Duval, « Lacordaire dominicain », Vie spirituelle, février 1961, p. 142-178 (165-173, sur le Mémoire pour la restauration).

 

13 Annotation marginale du P. Jandel sur son exemplaire personnel du Mémoire de Lacordaire.

 

14 Il ne faut pas oublier que, depuis le bref Inter caetera de Pie VII (15 mars 1805), les provinces de langue espagnole avaient leur propre magister ordinis et leurs propres chapitres généraux. Mortier, VII, p. 437.

 

15 [Noter ici travail pour province Sainte-Rose, Angleterre, Dalmatie ?]

 

16 Il n'en reste pas moins que le P. Jandel ne tenait pas spécialement que les Pères Italiens de son conseil sachent qu'il était lui-même à l'origine de la démarche. Aussi bien, copie de cette lettre n'a pas trouvé place dans le registre de copie-lettres (AGOP IV, 278) du maître de l'Ordre. À Sorèze, par contre, le document fut archivé sous le n° 49, selon l'organisation des Archives provinciales, déterminée par l'ordination provinciale du ##########.

 

17 Il est évident que la fondation lyonnaise n'entre pas en ligne de compte dans les évaluations de Lacordaire ; il n'imagine pas que le P. Jandel puisse y voir la base d'une future province !

 

18 [Référence p. 608]

 

19 [Référence ?] Sur la question du territoire propre, il importe ici de citer ce que le P. Jandel avait écrit au P. Danzas le 3 janvier 1862. « Je suis bien aise que vous préfériez, pour le rétablissement de la province d'Aquitaine, le projet d'une large bande à celui de l'enchevêtrement. Ce dernier, qui m'avait souri d'abord, à cause de la facilité qu'il accordait pour le présent, me paraissait gros d'embarras et de complications pour l'avenir, à mesure que j'y réfléchissais davantage, et, d'ailleurs, je regardais comme presque impossible de le faire agréer par mon conseil. Quant à la délimitation, je vais m'en occuper de manière à réserver à la future province de Toulouse autant de diocèses que j'en accorderai à celle d'Aquitaine. Ceci me paraît d'autant plus juste que la province de Toulouse comprendra le territoire de deux de nos plus anciennes provinces. » [Référence ?]

On voit par cette lettre comment, marqué par l'histoire des mouvements de réforme (XVIe-XVIIe s.) qui ont dénaturé la notion originelle, strictement géographique, de l'organisation de l'Ordre en provinces, en privilégiant la distinction par le style d'observance, le P. Jandel aurait spontanément envisagé un “enchevêtrement” des juridictions conventuelles. Gardant mémoire de son pénible conflit avec Lacordaire au sujet de la fondation marseillaise (Cf. B. Montagnes, « Marseille 1859 : un épisode du conflit entre le couvent de Lyon et la province de France », dans AFP 48 [1978] 325-370), le P. Danzas voyait plus juste.

Curieusement, lorsqu'en 1864, le P. Pierson (provincial de Lyon) sera en relation avec Mgr Gerbet pour une fondation de l'Ordre à Céret (diocèse de Perpignan), sur le territoire de la future province de Toulouse, le P. Jandel ne fera pas objection [Référence ?].

 

20 19 février 1863, au P. Quaglia, régent des études à Saint-Maximin. AGOP IV, 282, fol. 19 A.

 

21 Une note explicative serait ici démesurée. Trois publications de l'Année dominicaine, rédigée à Paris, marquent l'émergence publique de cet incident, décembre 1862, février 1863, p. 45-48 (lettre du P. Jandel), mars 1863, p. 89-92. Le sens des deux dernières publications ne s'éclaire que par la lettre personnelle du P. Jandel au P. Saudreau, provincial, 10 janvier 1863 (AGOP IV, 282, fol. 6 B) et surtout 1e février 1863 (ibid., fol. 12 A-B). Il faut y ajouter une lettre du P. Jandel, 10 mars 1863, au P. Bion, du couvent de Paris (ibid., fol. 25 B - 26 A). Une lettre du P. Danzas, provincial de Lyon, à Mère Saint-Dominique de la Croix, 18 mai 1863, offre le point de vue lyonnais sur l'affaire (Archives de la Congrégation d'Étrépagny). – Depuis le 12 décembre 1861 (ordination du P. Saudreau), l'Année dominicaine est sous la responsabilité du P. Bourgnon de Layre, très dévoué au P. Jandel, dont il partage activement l'antilibéralisme, ses assistants étant à Paris les Pères Sicard, Bourard et Monsabré.

 

22 Rome, 19 février 1863, au P. Chevalier, Saint-Maximin (AGOP IV, 282, fol. 15 A - B].

 

23 Lettre au P. Bion, Paris, 10 mars 1863 (AGOP IV, 282, fol. 25 A).

 

24 Chapitre général de 1862, ordinatio 1, Actes, p. 111. L'institution avait été autorisée pour certaines provinces par le chapitre général de 1629 (Fontana-Lo Cicero ########).

 

25 Le procès-verbal des délibérations et décisions a été rédigé, et écrit dans le registre du conseil provincial, par le P. Le Tellier ; il est signé des six participants.

 

26 Le P. M.-D. Souaillard, prieur de Paris depuis le mois d'avril. Sur ce futur provincial de France (1816 - 1846 - 1889) cf. AD, 1889, p. 246-251. – À propos de lui, Lacordaire, 24 avril 1854, à ? : « Son goût pour un je ne sais quoi que je ne voudrais pas appeler de l'intrigue ».

 

27 Locataire de l'archevêché, dans l'ancienne maison des carmes, rue de Vaugirard, depuis 1849, le couvent de Paris est alors presque en fin de bail ; on s'y préoccupe déjà d'un autre quartier d'insertion.

D'autre part, dès la fin de 1862, le P. J.-D. Sicard, prédécesseur du P. Souaillard, avait déjà alerté le P. Jandel sur une opportune « compensation, lors de la séparation des deux provinces », pour les sommes dépensées par le Nord en faveur du Midi. Cf. la réponse de mise au point du P. Jandel : AGOP IV, 282, fol. 15 A.

 

28 Après-midi du 27 août, sur initiative du P. Saudreau, mais « sans aucun résultat préalable » ; le 28 au matin, dans « une discussion assez animée » à propos du « fortuné couvent de Toulouse » face aux dettes de la province.

 

29 Le procès-verbal n'a pas enregistré la répartition des voix. – Se basant sur les six signatures figurant au bas des pièces officielles soumises à son approbation, le P. Jandel croira pouvoir écrire « sponte et unanimiter » dans son décret du 4 juillet 1865. Cette unanimité dans les votes est niée dans l'appel du 8 décembre 1864 à la S.C. des Réguliers : « sex patres […] votum, sed non unanimiter, equidem emiserunt ». « Tout le monde sait qu'un prieur a constamment protesté » écrira le P. Minjard au P. Jandel (fin juillet 1865). Le protestataire fut probablement le P. Souaillard.

 

30 C'est-à-dire été 1865.

 

31 Texte précisé dans trois propositions ########.

 

32 Une lettre officielle du P. Saudreau, 25 novembre 1863, postérieure d'un mois à la lettre d'approbation du maître général (######), ne notifie aux couvents que deux des décisions de la réunion du mois d'août : sur la rédaction d'“Annales conventuelles” et l'exercice régulier du “cas de conscience”.

 

33 Écrivant le 1er mars 1864 au prieur de Saint-Maximin, il proteste d'avoir « toujours combattu l'empressement du P. provincial ». « Plus je deviens vieux et plus je suis en garde contre la furia francese, qui fait souvent bien du mal en voulant faire trop vite le bien.” AGOP IV, 282, fol. 146 A.

 

34 Au P. Quaglia, 1er juin 1864.

 

35 Du P. Duley ; cf. réponse du 17 avril 1864, AGOP IV, 282, fol. 172 B.

 

36 Secrétaire du conseil provincial depuis #####, c'est le P. Leroy qui, sur demande du P. Le Tellier, a transcrit dans le registre du conseil provincial le procès-verbal de la Congrégation intermédiaire d'août 1863. Sur le P. Leroy, cf. AD 1905, p. 283-291. [Note d'A. Duval en marge : D. Leroy, au studium de la province, était le professeur de droit canonique ?]

 

37 À l'exception de la consultation effectuée auprès du P. Lo Cicero, assistant italien du P. Jandel, pour savoir si celui-ci, se préparant à diviser en deux la province, ne s'arrogeait pas un pouvoir réservé au chapitre général.

Pour répondre à cette question, personne en effet n'était plus qualifié que le P. Lo Cicero, rééditeur en 1856 du précieux fichier d'histoire des institutions de l'Ordre publié en 1655 par Vincent Marie Fontana, Constitutiones, déclarationes et ordinationes capitulorum generalium Ordinis Praedicatorum.

Y a-t-il trace, aux Archives de l'Ordre, de cette consultation effectuée, semble-t-il, totalement à l'insu du P. Jandel ? Le brouillon d'une Réponse à la thèse de Lo Cicero sur la division de la province [texte équivalent à deux pages dactylographiées sans interligne, écriture du P. Leroy] est la pièce n° 1 du Dossier concernant la séparation de la province de Toulouse conservé aux Archives de la Province de France.

 

38 Cf infra ########

 

39 Cf. Bonvin, p. 169-173.

 

40 Préface. Cf. Bonvin, p. 227.

 

41 Sur cette circulaire, cf. Bonvin, p. 165.

 

42 Cité par Bonvin, p. 203.

 

43 20 octobre 1864 ; ibid.

 

44 Au P. Souaillard, 4 novembre 1864 : « Quant aux démarches que l'on pourra tenter au Saint-Père, j'aurai soin de prendre les devants et de le prévenir à ma première audience. »

 

45 Cette insuffisance d'information apparaît dans sa lettre du 30 décembre 1864 au P. Mathevon, prieur de Flavigny.

 

46 Autorisation requise en effet par le droit de l'Ordre. Cf. ontana - Lo Cicero, p. #####

 

47 Lettre au P. Jandel, 7 avril 1865. « Le T.R.P. provincial sait très bien que j'avais d'autres motifs de me rendre à Rome, ignorant l'affaire du recours [c'est moi qui souligne]. Il m'a cependant pressé de partir. » – Le P. Saudreau l'affirmera encore en parlant aux frères de Saint-Maximin le 23 juillet 1865. Cf. chronique Rhétoré.

 

48 « J'ai été peiné d'un procédé qui me semblait non seulement irrégulier mais déloyal. » P. Jandel au P. Saudreau, 12 février 1865.

 

49 Détail explicitement affirmé par le P. Saudreau dans son entretien du 23 juillet 1865 avec les frères de Saint-Maximin. Chronique du P. Rhétoré.

 

50 Note à rédiger sur l'acquisition de la rue Jean-de-Beauvais. C'est pour cette raison, écrira-t-il le 7 avril 1865, que le provincial, « ignorant l'affaire du recours », le pressait de partir. « Il s'agissait du projet Jean-de-Beauvais, pour lequel il eût fait le voyage lui-même, s'il l'eût pu ; j'avais encore des affaires à traiter pour mon propre couvent. »

 

51 Mais où loge-t-il ? Quand le P. Jandel aura-t-il eu connaissance de sa circulation dans Rome ?

 

52 « Je n'ai pas apporté le mémoire à Rome. Il ne m'a été remis qu'environ dix jours après mon arrivée. » Lettre au P. Jandel, 7 avril 1865.

 

53 Les souvenirs du P. Leroy ne sont pas les mêmes, à un mois de distance, lorsque, à deux reprises, il tente d'expliquer sinon de justifier l'étrangeté de ses démarches (lettres au P. Jandel du 28 février, 7 avril 1865).

 

54Lettre au P. Saudreau, 12 février 1865. AGOP IV, 282, fol. 323 A-B (la signature seule est de la main du P. Jandel).

 

55 Où est l'original de ce document ? À la S.C. des Évêques et Réguliers ? À tout le moins une copie aux Archives de l'Ordre ? Je dispose de la copie figurant dans le dossier constitué aux Archives de la province de France par le P. ? Texte latin à insérer évidemment dans les pièces justificatives. J'en ai fait moi-même une traduction française, dont j'ai numéroté les lignes. C'est à ces lignes que renvoient mes références entre crochets.

 

56 [Renvoyer ici à note 62 sur les signatures.]

 

57 Le mémoire reprend ici les conclusions d'un échange de notes entre le P. Leroy et le P. Lo Cicero, rééditeur de Fontana.

 

58 Pour pouvoir recueillir la signature du P. Bissey, prieur de Toulouse, deux jours avant l'expiration régulière de sa charge ! Le P. Jandel n'a pas été dupe de l'opération (cf. sa lettre du 27 mars 1865 au P. Leroy). Le P. Leroy, comme il le déclarera plus tard, n'aura signé lui-même le document qu'en le recevant à Rome, en février 1865 !

 

59 [Rédiger ici une note à partir d'une lettre adressée à Mgr Pie, qui se trouve quelque part dans mes papiers.]

 

60 [Renvoyer ici à la lettre Chocarne - Cartier éditée par B. Montagnes.]

 

61 Bien que certainement non étranger à la constitution du dossier (cf. la note de son échange de vue avec le P. Lo Cicero, supra note 37), il écrira ensuite : « Je suis totalement étranger à la rédaction. » Lettre au P. Jandel, 7 avril 1865.

 

62 Écrivant le 20 avril 1865 au secrétaire de la S.C. des Évêques et Réguliers, le P. Leroy parle de « l'appel au Saint-Siège fait par les prieurs des dominicains de la province de France […], une pièce signée par tous les prieurs ». Il faut s'en tenir à l'avis plus circonstancié du P. Minjard (lettre au P. Jandel, 18-20 juillet 1867) parlant de l'appel « formulé par tous les prieurs de la province, un seul excepté ».Il s'agit donc des Pères D. Le Tellier (Nancy), D. Leroy (Flavigny), Bissey (Toulouse), Minjard (Bordeaux), Mathevon (Saint-Maximin), Mathieu (Dijon). Le non signataire ne peut être que le P. Souaillard, prieur de Paris, dont on connaît la plus grande liberté d'échanges épistolaires avec le P. Jandel. Plusieurs supérieurs auront également signé le document. Peut-être la signature du P. Monjardet, sous-prieur de Paris, pourrait-elle expliquer l'affirmation du P. Leroy sur l'unanimité des prieurs.

 

63 Au P. Mathevon, prieur de Saint-Maximin, 30 décembre 1864 ; au P. Mas, 4 mars 1865.

 

64 À Saudreau, 12 février 1865.

 

65 Au P. Souaillard, 20 février 1865. ADP. Lettre non enregistrée dans AGOP IV, 282.

 

66 « Il est simple que toute la province soit instruite en détail de l'affaire du P. Leroy. N'avait-il pas à rendre compte à ses commettants ? » Jandel à Souaillard, 24 mars 1865.

 

67 « Obligé de quitter Rome, je priai un religieux de mes amis [qui ? Ligiez ?] de vouloir bien me tenir au courant de la marche de cette affaire, suivant le conseil que vous m'en aviez donné vous-même. » Lettre du 20 avril 1865 au secrétaire de la S.C. des Évêques et Réguliers.

 

68 Brouillon de cette lettre dans Dossier concernant la séparation de la province de Toulouse, pièce 3. ADP.

 

69 27 mars 1865. AGOP IV, 248, fol. ##, A-B.

 

70Dossier, pièce 4. ADP. [Vérifier s'il n'y a pas une ordination de Lacordaire sur l'emploi de cette formule.]

 

71 Le P. Leroy persiste dans son interprétation, contre Lo Cicero, des textes de Fontana.

 

72 La lettre du P. Leroy à la S.C. est du 20 avril. Le P. Jandel s'en montre déjà informé le 29, lorsqu'il écrit au P. Saudreau : AGOP IV, 282, fol. 367 B - 368 A.

 

73 Au P. Potton, 6 mai 1865 : ibid., fol. 372 B.

 

74 Il y a trace d'une réponse favorable de l'archevêque de Toulouse dans une lettre de Jandel au P. Saudreau, 28 juin.

 

75 AGOP IV, 282, fol. 399 AB - 400 A. Dans les mêmes termes, le même jour, le maître général informe également le P. Souaillard. Il est précisé en cette lettre qu'il n'y a pas à attendre un texte écrit de la S.C. pour notifier le rejet du recours. L'information du maître général suffit.

 

76 Au P. Saudreau, 29 mai. « Si la province de Toulouse est bientôt rétablie, plusieurs des religieux qui la composent demanderont sans doute à rentrer dans les couvents du Nord ; il est même permis de craindre qu'ils ne cherchent à en entraîner beaucoup d'autres à leur suite, afin de dépeupler le Midi, et de nous créer des embarras. »

 

77 Au P. Saudreau, 28 juin. Noter que, en même temps, « pour combler quelques vides, le maître général indique au provincial le nom de quelques religieux probablement disponibles pour une assignation du Nord vers le Midi.

 

78 Daté du 4 juillet, expédié de Rome le 7 juillet, le décret officiel n'a pu atteindre le provincial, à Marseille, que le 9 juillet : pour que le P. Jandel, à Rome, réponde le 9 à une lettre d'un M. Parra, de Marseille (AGOP IV, 282, fol. 409), il fallait que celle-ci ait été postée au moins le 7. C'est seulement le 12 juillet que le P. Saudreau communique aux couvents le décret officiel dont il lui a fallu faire exécuter des copies. Le 10 juillet, Jandel répond également à un autre bienfaiteur de Marseille, M. Barreau.

 

79 Envoyant le décret au P. Saudreau le 7 juillet, le P. Jandel explique pourquoi il y joint des extraits de la correspondance d'août 1863, parce que « ces deux pièces importantes peuvent être restées ignorées de la plupart des religieux de la province ».

 

80 [Notice bibliographique sur le livre, en précisant identité ou différence des éditions. Référence au chapitre sur l'observance.] Étienne Cartier, Le R.P. Hyacinthe Besson, sa vie et ses lettres, Paris, Poussielgue, 1865, en deux tomes. Seconde édition, sans les lettres : Vie du Révérend Père Hyacinthe Besson de l'Ordre des Frères Prêcheurs, Paris, Poussielgue, 1869.Dans les deux éditions, le chapitre litigieux est le chapitre XVII, Question d'observance, identique dans les deux. Cependant l'Avant-propos de 1869 ajoute à celui de 1865 une justification en neuf pages de ce chapitre XVII. La réponse de Cartier, document essentiel, commence ainsi : « J'ai traité la question d'observance qui a divisé un instant les disciples du Père Lacordaire, et malgré mon désir de ne blesser personne, il m'a été impossible de contenter tout le monde On m'a reproché mon incompétence et on m'a accusé d'avoir subi une influence supérieure, celle du Maître général de l'Ordre. » (p. vi) Cartier explique ensuite comment Lacordaire, à son lit de mort lui a donné mission d'écrire ce chapitre de l'histoire du rétablissement de l'Ordre en France : « Il faut traiter cette question, me dit-il, ; non seulement je le désire, mais je vous le demande au nom de notre amitié. Vous êtes indépendant ; vous examinerez et vous direz la vérité. Votre livre et lles mémoires que je dicte en ce moment seront les documents les plus authentiques sur le rétablissement des Dominicains en France. » (p. vii). [Note rédigée par B. Montagnes.]

 

81 Marcolin Chéry [du couvent de Nancy], « Bibliographie dominicaine. Un religieux dominicain. Le R.P. Besson, sa vie et ses lettres, par É. Cartier », AD, juillet 1865, p. 285-292 (passage cité = p. 291).

 

82 L'article se réfère au Mémoire pour la restauration, destiné à la commission de réforme instituée par la S.C. des Évêques et réguliers, imprimé en 1852 mais non mis dans le commerce. Lacordaire y traite ex professo des problèmes d'ajustement des Constitutions de l'Ordre, à partir d'une connaissance, bien sommaire il est vrai, de l'histoire des réformes d'une part et d'une réflexion pénétrante d'autre part sur l'originalité institutionnelle de l'Ordre. Cf. A. Duval, « Lacordaire dominicain », VS, février 1961, p. 165-173.

L'exemplaire de ce mémoire envoyé alors au P. Jandel comporte quelques annotations marginales [Vérifier], bien peu nombreuses et, semble-t-il, très rapides. Jandel ne semble pas [?] en avoir écrit à Lacordaire. Ce peu de réaction n'aurait-il pas pour origine quelque dépit du vicaire de l'Ordre devant l'initiative prise par la S.C. des Évêques et Réguliers de demander à l'Ordre une révision des Constitutions avant que l'expérience d'une application intégrale de la lettre n'ait été entreprise ? Derrière cette intervention de la S.C. n'y avait-il pas d'ailleurs quelque manœuvre des adversaires italiens de Jandel ? [Vérifier].

 

83 Au P. Souaillard, 10 juillet. L'allusion à cette recension par Marcolin Chéry dans la lettre du 10 juillet à Souaillard permet de conclure que le livre de Cartier était suffisamment ancien. [Chercher indices sur la date de mise en vente effective.]

 

84 Lettre du 20 août au P. Nespoulous. Cf. aussi lettre du 16 octobre au P. Lévy ####.

 

85 Chronique rédigée par Rhétoré.

 

86 Le 4 octobre, le 6 octobre, selon la même chronique.

 

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