Marie au plus près des Ecritures et dans la tradition

fr. Guy Touton op ;  Artège, avril 2012, 596 p ; 39 €


Appuyé sur des travaux d’exégèse solides, confrontant les interprétations, fouillant les données de l’histoire, dans un esprit de rigueur théologique, ce livre voudrait aider à approcher la personne de Marie. Les questions typiquement modernes de la virginité de Marie, des frères de Jésus sont abordées de façon originale et exhaustive. Les questions épineuses du mal, du péché, originel et personnel, de la mort, de la souffrance, du statut de l’Adam originaire face aux découvertes de la paléontologie, sont confrontées à la lumière essentielle des Écritures. Le sacerdoce des femmes n’est lui, non plus, pas oublié. Ainsi, notre auteur par le mariage d’un style étonnamment poétique et d’une rigoureuse théologie visite le mystère marial. Nous entrons pas à pas dans le dessein divin, dans le drame du mal qui mine le monde, dans l’intimité spirituelle d’un petit couple juif, dans le véritable sacerdoce que fut la vie de cette Femme, dans la grâce aérienne qui accompagne les œuvres de l’Esprit, et couronne un être d’autant plus lumineux qu’il fut infiniment simple.
Interview au frère Guy Touton à l’occasion de la parution de son livre

Frère Guy, quelles ont été les motivations d'écrire ce livre?

Une longue dette. Je suis un fils des années 70, où dominait ce qu'on a coutume d'appeler la « christologie
d'en bas », avec ses mérites et ses grosses faiblesses. Il en a résulté pour moi une mariologie bancale, un malaise informulé. Récemment, après ma prédication du Rosaire en 2007, ce projet de creuser le mystère marial a commencé à naître dans ma tête, pour tenter de saisir ce que chante notre liturgie. Aujourd'hui je sais que la théologie mariale est le porche le plus lumineux pour  une christologie digne de ce nom. Je ne sors pas le même de cette étude serrée que j'y suis entré. Ma motivation contient aussi un défi : faire se rejoindre théologie rigoureuse, exégèse sérieuse, et littérature. J'aime que la forme aide à aimer le fond.

Que signifie "au plus près des Ecritures"?

Ce que cela signifie, tout simplement : non pas la sola scriptura de nos frères séparés, mais pas non plus une théologie qui serait plus empreinte d'un système métaphysique que d'une connaissance attentive du Texte saint. Une saine exégèse est absolument nécessaire. Il m'a donc fallu partir à la recherche du Texte, des mots précis, creuser la première Alliance, tout un travail pour moi de fourmi. J'invite d'ailleurs les frères qui me liront à ne pas picorer ici et là, mais à lire l'étude pas à pas, car elle est aussi une partition. Je ne suis pas un esprit académique, mais je suis très sensible au respect de la cohérence du projet divin.

Quelles sont les parties qui te tiennent le plus à coeur?

Surtout celles où j'ai le plus découvert, qui sont centrales : j'ai été ému en scrutant la figure du « Fils de l'homme », en commentant l'apparition de « l'homme aux reins » en Ezéchiel. Emu en argumentant en faveur de l'interprétation au singulier du verset 13 du Prologue de Jean ; en creusant le monogenès du Prologue, en argumentant en faveur de la virginité in partu, qui me posait problème, et l'admirable réponse de  la vierge à l'ange « comment cela se fera t-il...? », peaufinée par Luc avec génie. Toute la partie de la Nouvelle Eve m'a obligé à serrer Augustin et Thomas de près, pour soulever les problèmes que pose l'équation péché d'Adam-mort physique, qui, j'en suis convaincu, n'est pas dans les Ecritures telle quelle. C'est un reliquat de leur néoplatonisme. J'ai aimé argumenter, Texte à l'appui, c'est dominicain, non... L'analyse des dérives modernes, à la lumière de la christologie la plus scripturaire et patristique, m'a obligé à serrer mon expression, pour être clair et imprenable dans mes propos. L'Immaculée conception, c'est à pleurer de joie... Au fond, tout m'a requis.

As-tu visé des lecteurs particuliers?

Je ne me suis pas posé de question. Je me suis dit : sois rigoureux et souple d'écriture, va au fond des choses, ne te retourne pas pour savoir si ceci ou cela. Pour moi, la langue doit véhiculer le sens du mystère. Si c'est bien écrit, cohérent, et clair, des lecteurs se feront jour, pourvu qu'ils soient au courant de la publication du livre… !

Est-ce indiscret de te demander si un autre livre est en préparation?

Il y a d'abord mon désir de publier mes poèmes. Ce n'est pas une mince affaire. La poésie écrit avec son sang, on s'y met à nu, avec ses troubles et ses lumières. Hélas, en France il y a peu de lecteurs... Sinon, oui, j'ai commencé un autre livre qui semble bien tourner autour de la prédication de Jésus. Comme je suis méticuleux, je vais devoir beaucoup m'informer, aller en exégèse, pour libérer ma propre parole sur ce sujet richissisme. Je sens que le mystère jette un défi au théologien et au poète, si seulement je suis un des deux… Enfin, j'aimerais aborder avant de quitter ce monde le thème des thèmes : la Rédemption, la Croix... Diable, mais c'est peut-être une trilogie en route !

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