In memoriam fr. Jean-Gabriel Ranquet

Notre frère Jean-Gabriel Ranquet, le Père Ranquet qui a été si connu dans toute la France, est décédé à Bordeaux le samedi 10 mai. Voici l'homélie pour ses obsèques par frère Alain Quilici

Mes frères, avant toute autre parole, nous devons rendre grâce à Dieu d’avoir donné à notre Ordre le frère Jean-Gabriel Ranquet.

Chacun d’entre nous aurait un motif personnel de dire au Seigneur sa reconnaissance d’avoir mis le frère Jean-Gabriel sur sa route. Chacun aurait un témoignage à apporter sur tout ce qu’il a reçu de notre frère, un souvenir à évoquer. 
Il a été pour chacun de nous, aussi bien pour nous ses frères dominicains, que pour tous les fidèles qui l’ont connu, une vraie lumière sur leur route.
À nos yeux il a été, et il restera, l’homme de la parole. Le prédicateur, ou, comme me disait quelqu’un à Toulouse, celui qui prêchait bien !
À son contact, on ressentait ce qu’ont dû ressentir ces gens de Jérusalem à qui s’adressaient les disciples au retour d’Emmaüs. On voyait bien, on pressentait, on devinait qu’il avait, comme eux, rencontré le Ressuscité et qu’il en était tout ébloui. Comme eux, il avait reçu du Seigneur cette intelligence des Écritures, qui chez lui, jaillissait d’une longue et inlassable méditation de la Parole de Dieu.
Comme eux, il avait pressé le Seigneur de rester avec lui et il vivait de tout ce qu’il puisait dans cette présence, en particulier dans l’eucharistie.

De tout cela il rayonnait, comme devait rayonner Notre Père saint Dominique, d’après le témoignage de ses contemporains. Le cœur brûlant, il annonçait inlassablement : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité ! ». On le croyait sur parole.
La qualité de sa vie religieuse comme la qualité de sa présence étaient pour nous un exemple et un encouragement. Il le fut surtout pendant ces années si difficiles où tout était remis en cause ; mais lui tenait dans la confiance.
Il y avait chez le Père Ranquet une force de conviction qui donnait à sa prédication une sorte d’évidence qui touchait les cœurs et emportait l’adhésion.
Et puis la forme ! Cette précision dans les termes, cette clarté de la pensée, cette perfection de la langue. Il donnait à la Parole de Dieu la noblesse qu’elle mérite quand elle se fait parole d’homme. 
Il faut avoir connu le Père Ranquet quand il était dans la force de l’âge, avec son port altier, son regard attentif et ses cheveux devenus précocement blancs à la suite du grave accident d’auto qu’il avait eu 1954
À Toulouse dans les années 1960 et jusqu’à son assignation à Bordeaux, il eut un immense rayonnement. En particulier dans les quartiers populaires de la ville, auprès des prêtres de la Mission de France, ceux de la Mission ouvrière saint Pierre-saint Paul et les équipes d’ACO. Cela lui valait d’être unanimement apprécié du clergé du diocèse. Ce qui n’était ni si facile, ni si commun.
Avec ça d’innombrables retraites spirituelles. Dans quel Carmel n’a-t-il pas prêché ? Dans quel monastère de moniales de tous Ordres, où il était invité une fois, deux fois et trois fois ? Il a été sollicité dans toutes les abbayes tant d’hommes que de femmes. Et partout on évoquait avec émotion son passage et son enseignement.  Ah ! Le Père Ranquet ! Il laissait un souvenir inoubliable.

Trouvera-t-on dans ses papiers, une liste de ses innombrables interventions, retraites dans les séminaires, retraites de prêtres et retraites d’évêques, des sessions, des cours, des conférences qu’il a donnés ? La liste doit en être bien longue.
Avec cela notre Père Ranquet fut un accompagnateur spirituel recherché et apprécié. Autant il n’avait aucun goût, et, il faut le dire, aucun talent pour le gouvernement, autant il conduisait les âmes avec délicatesse et discernement, ce qui lui valait d’être sans cesse sollicité par de nombreux fidèles et par une foule de religieuses. Cela lui valut aussi de se voir confier pendant plusieurs années la charge de Père Maître des frères étudiants en théologie.
Mais le Père Ranquet n’aurait pas aimé qu’on parle tant de lui et je l’entends me dire : ça suffit, abrège et passe à l’essentiel !

L’essentiel pour lui c’était le Christ.  L’essentiel c’était sa foi. Il avait mis sa confiance en Dieu une fois pour toute, car il était de cette race d’hommes qui ne revient pas sur la parole qu’il a donnée, surtout lorsqu’il s’agit de la parole de Dieu, la parole donnée à Dieu, la parole donnée par Dieu, pour user d’une de ces formules dont il avait le secret et comme il les aimait.
Oui, vraiment, rendons grâce à Dieu pour ce frère dont tous à l’annonce de sa mort nous ont dit spontanément : c’était un grand religieux, c’était un grand prédicateur ! Il savait dire les choses les plus profondes dans les termes les plus simples.
Et nous nous disions les uns les autres : Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ?
Merci, Seigneur, pour le Père Ranquet.
Daigne accueillir  ton fidèle serviteur et le conduire à la place que tu lui a réservée à la table de ton Royaume
Amen. 

fr. Alain Quilici op

Bordeaux, 14 mai 2014

Annonces