frère Marie-Antonin Therme Homélie pour ses obsèques, par le frère Bernard Montagnes OP

 

Au baptême, en 1925, il avait reçu le nom de Pierre ; à sa prise d’habit, en 1946, il a reçu celui de frère Marie-Antonin. Selon une coutume de notre province, que j’ai connue avant lui, chaque novice était placé sous le patronage en premier de la Vierge Marie.

À la différence des autres, notre frère a tenu à demeurer ainsi sous le patronage de la Mère de Dieu. Celles et ceux qui ont assisté à la messe de son jubilé se souviennent sans doute, comme moi qui avais alors été beaucoup frappé, de la fin de sa prédication, où lui, si discret, déclarait vouloir prolonger la fidélité jusqu’au bout de ses jours de service sous la protection maternelle de Marie. Aussi a-t-il désiré rejoindre la maison du Père le 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge : c’est le lendemain matin qu’elle est venue le prendre dans ses bras. Le Seigneur ressuscité, Marie protectrice de l’Ordre des Prêcheurs, Pierre roc de fondation de l’Église, Antonin saint évêque dominicain de Florence l’accueillent aujourd’hui dans la Jérusalem céleste.


Dans les églises de Rome, que de fois ai-je vu sur les tombeaux une épitaphe par laquelle le défunt qui repose là apostrophe le vivant qui défile devant lui, pour l’inviter à la prière : Frater qui me aspicis, quod es fui, quod sum eris. Ce que tu es, je l’ai été ; ce que je suis, tu le seras.
Frère Marie-Antonin a été ce jeune homme qui met toute son ardeur à répondre à l’appel du Seigneur, qui s’oriente d’abord vers le séminaire de Mende, puis qui vient frapper à la porte de l’Ordre à Toulouse, rue Espinasse, en 1946, pour y recevoir la miséricorde de Dieu et la nôtre. Il a été à Saint-Maximin, où j’ai vécu avec lui de 1947 à 1953, où nous étions une trentaine de frères au studentat, il a été ce frère étudiant sérieux, studieux, appliqué, dont les études ont été couronnées par le grade de lecteur, avec une thèse sur L’appartenance à l’Église. Il a été ensuite ce jeune père envoyé à Rome, deux ans à Sainte-Sabine, à l’école des pères maîtres, puis une troisième année à l’Angelicum, où il est étudiant en droit canonique. De retour à Toulouse, il est assigné en 1956 au couvent Saint-Romain de Toulouse : c’est alors qu’il obtient la licence en droit canonique. En 1957, à l’ouverture de notre couvent Saint-Thomas d’Aquin, il y est assigné pour enseigner le droit canonique. Il n’a pas toujours vécu dans notre grand couvent de Toulouse, puisque de 61 à 69 il était au vicariat de la rue Espinasse, chapelain de l’église, et de 69 à 75, deux fois de suite prieur au couvent de Bordeaux. Depuis 1975, il appartenait à notre couvent., professeur de droit canonique à l’Institut catholique, puis doyen de la faculté.
Il a été un canoniste précis et compétent, qui a servi l’Église comme professeur de droit canonique dans les séminaires de Toulouse et de Bordeaux, puis à l’Institut catholique, mais aussi comme expert auprès des officialités (avocat à Toulouse et à Montauban, défenseur du lien à Bordeaux, avocat à l’officialité régionale de Toulouse). Moins public encore, mais pas moins important, a été son ministère de conseiller canonique auprès de beaucoup de congrégations religieuses et dans des affaires compliquées qu’il était appelé à débrouiller. Il a été aussi un prédicateur de retraite apprécié qu’on appelait de loin. Il s’est beaucoup donné à la pastorale des personnes âgées et des malades. Il était assidu au service de la résidence du Parc de Rangueil, avant d’en devenir lui-même pensionnaire. Et j’en passe, que Dieu connaît, ne fût-ce que dans la fonction de secrétaire de la province, où l’efficacité de notre frère faisait merveille ou dans celle d’assistant de la fraternité du tiers ordre.
Ce que je suis maintenant, tu le seras à ton tour. À ton tour, tu passeras toi aussi par la mort. Cette exhortation pourrait n’exprimer que le pessimisme païen le plus sinistre devant le gouffre noir. Je l’entends comme une grande leçon spirituelle, que j’ai reçue comme telle en accompagnant intérieurement le frère Marie-Antonin durant ces dernières semaines, à mesure qu’il s’acheminait vers la fin et que s’aggravaient inexorablement  les redoutables passivités de diminution. Nous sommes tous en pèlerinage vers la Jérusalem céleste. Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, nous recevons la nourriture des voyageurs, la table de l’eucharistie est l’anticipation sacramentelle du banquet céleste auquel le ressuscité nous convie. Ce que je suis maintenant, tu le seras à ton tour. Là où le frère Marie-Antonin nous précède, là nous sommes appelés aussi, en suivant notre chef de file, notre chef de cordée, le Seigneur Jésus, passé lui-même par la mort pour entrer dans la vie. Amen.

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