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Studium des Dominicains, tel est le nom que porte aujourd'hui sur les plans
de Toulouse l'établissement que les plans antérieurs appelaient, par un humour
involontaire, le stadium des Dominicains. Studium, c'est à dire maison
d'études, vouée à la théologie et aux sciences religieuses, vouée aussi aux
activités pastorales de ce qui constitue à présent la paroisse Notre-Dame du
Rosaire.
Dès 1951, les Dominicains cherchaient à Toulouse une propriété pour y établir
leur couvent d'études, alors situé à Saint-Maximin (Var). Il s'agissait pour
eux de quitter cette implantation dans un bourg isolé pour s'installer
dans une ville universitaire mieux appropriée à leurs activités. Après
différentes possibilités à la périphérie de Toulouse, le choix se fixa sur une
propriété au sud de Toulouse, dans une zone encore rurale mais en voie
d'urbanisation, au-delà du pensionnat du Sacré-Coeur de Rangueil.
L'espace sur lequel les Dominicains s'établiraient est celui délimité par la
route de Narbonne, le chemin des Maraîchers, le chemin de la Pélude, mais tout
n'était pas disponible du côté du chemin de la Pélude, où se trouvaient des
jardins et quelques constructions.
Sur la carte d'état-major au 20.000e de 1948-49, cette propriété porte le nom de Desazars. À l'angle sud-est, se trouvait une petite maison de maître du XIXe siècle, appelée les Tourelles, du fait de son décor. De tout cela, il ne reste, dans l'enceinte de la faculté dentaire, que le massif de maçonnerie du puits. En dehors du périmètre des Tourelles, le reste n'était que terrains agricoles, appelés à servir à l'urbanisation de la ville.
C'est là que l'association Veritas, fondée en janvier 1954, acquérait en avril
un ensemble de 16 hectares, dont plus de 10 passeraient ensuite à l'Université,
pour la construction des facultés qui encadrent à présent le couvent. C'est là
qu'en plein champ labouré fut posée la première pierre, le 30 avril 1954, pour
commémorer le centenaire du rétablissement par Lacordaire des Dominicains à
Toulouse.
À la porte du couvent, une plaque rappelle le nom du Père Rande (1909-1972) à qui échut la tâche difficile d'édifier le studium et celle plus ardue encore de pourvoir au financement du chantier. Après la pose de la première pierre (30 avril 1954), le chantier ouvert en 1955 ne s'achèvera qu'en 1960. Dès la fin de 1955 est construite la première tranche du grand bâtiment d'habitation avec la porterie.
Puis le chantier se poursuit en 1956 vers l'ouest par la seconde tranche, celle
utilisée maintenant comme Résidence étudiante Lacordaire, et la chapelle
Saint-Thomas d'Aquin. À la fin de 1956, l'atrium central, le réfectoire,
qui servira d'église provisoire, le bâtiment d'habitation situé au-dessus vers
l'est, sont disponibles, ainsi que les salles d'étude dans le bâtiment
perpendiculaire au corps principal et le dépôt de livres pour la bibliothèque.
En sorte qu'à la rentrée de 1957 la communauté de Saint-Maximin peut venir prendre possession des lieux et les cours de théologie s'ouvrir le 13 novembre. L'année 1958 voit l'achèvement du cloître et des services communs, si bien que le 11 mai 58 a lieu l'inauguration solennelle du nouveau couvent, marquée d'une double cérémonie : bénédiction de la cloche par l'archevèque Mgr Garrone, pose de la première pierre de l'église par le Père Browne, maître de l'Ordre.
Le chantier de l'église est rondement mené : les travaux débutent en janvier 1959, l'édifice est consacré par Mgr Garrone les 21 et 22 mai 1960.
L'architecture de l'ensemble est due aux frères Génard, Joachim et Pierre, qui s'associèrent pour ce chantier la collaboration de Jean Auproux.
Pour cet édifice, les dominicains ont fait choix d'une architecture résolument
contemporaine, qui s'inscrit dans l'architecture monumentale des années 50 à
Toulouse, celle des grands ensembles, caractérisée par l'esthétique de la barre.
Sans monotonie toutefois. Car le linéaire de près de 200 mètres, qui permet à
toutes les chambres de s'ouvrir au sud, s'infléchit à partir de l'atrium. Les
parements en gros galets de Garonne rappellent la tradition des bâtisseurs du
pays.
La maison est vouée à la prière et d'abord à la célébration liturgique, comme les sonneries de la cloche l'annoncent matin, midi et soir. Aussi à la prédication, pour laquelle, dimanches et fêtes, l'église n'est pas trop grande. Et enfin à l'étude, à l'enseignement des sciences religieuses, à toute une activité intellectuelle pour laquelle, chez des dominicains, la bibliothèque est aussi nécessaire que l'église. Ainsi les dominicains de Rangueil s'efforcent d'être au service de tous ceux qui les entourent ou qui viennent à eux.
Frère Bernard Montagnes, O.P.